Du dernier royaume d’Arakan au premier empire birman

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Le royaume d’Arakan, situé sur la côte occidentale de la Birmanie actuelle, fût l’une des monarchies les plus riches et les plus prospères du monde entre le quinzième et dix-septième siècle. Quarante cinq rois se succédèrent pendant ces années fastes et contribuèrent à la croissance du royaume. Mrauk U (prononcé miaou), sa capitale, comptait alors parmi les villes les plus puissantes du monde. Les rois, tour à tour, firent construire au cœur de la ville des centaines de temples et de stupas. En 1785, la Birmanie pris possession du royaume d’Arakan, qui deviendra l’actuel état Rakhine. Ce fut alors pour Mrauk U, le début d’un lent déclin et la cité sombra doucement dans l’oubli.

C’est vers cette cité oubliée que nous pointons le cap. La ville de Mrauk U est aujourd’hui accessible par la route. Il y a encore deux mois, les tensions inter-ethniques entre les communautés bouddhistes et musulmans y interdisaient l’accès par voie terrestre.

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Les reliefs d’un empire glorieux

Nous arrivons à Mrauk U depuis Yangon, fatigués par un long et fastidieux voyage. L’esprit rêveur, nous prenons le petit déjeuner dans notre maison d’hôte en regardant à travers la vitre, avec l’étrange impression d’avoir atteint le fin fond de la Birmanie. Des chauffeurs de rickshaws coiffés d’un chapeau conique, le sarong remonté à hauteur des genoux, pédalent péniblement dans les ruelles boueuses. Quelques femmes, les joues poudrées de thanaka, portent en équilibre sur leur tête des plateaux circulaires ou des jarres d’eau. Un gamin à vélo s’amuse à rouler dans les flaques d’eau. Autrefois si puissante, Mrauk U s’apparente aujourd’hui à une bourgade où le temps paraît s’écouler plus lentement qu’ailleurs.

Nous nous promenons dans les rues en terre, bordées de petites maisons, répondant aux sourires des habitants. Ici, les coupures de courant sont fréquentes. Les jeunes écoutent inlassablement sur leurs téléphones « My heart will go on », la célèbre chanson romantique du Titanic. Une chanson que l’on entendra plus d’une fois à Mrauk U.

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Le site archéologique de Mrauk U est un lieu mystique abritant quelques centaines de temples et de stupas en granite, construits sous les ordres des rois d’antan. La plupart des stupas sont petits mais remarquables par leur nombre. Il est possible de pénétrer au cœur de certains d’entre eux, à la lueur d’une lampe torche. A l’intérieur du « Paya Shittaung » ou « Sanctuaire au 80 000 statues », deux longs déambulatoires en spirales, bordés de sculptures, permettent d’accéder au Bouddha principal.

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Le site de Mrauk U n’est pas aussi impressionnant que les temples d’Angkor Wat ou les ruines de Persepolis mais a la particularité d’être vivant ! Des villages se sont construits autour des vestiges et animent ce lieu si peu visité. Par ici, quelques enfants grimpent et jouent sur les stupas, tandis que plus loin des chèvres broutent paisiblement les herbes cramées. En fin d’après-midi, des écoliers en uniformes vert et blanc rentrent chez eux, et les femmes, portant une jarre sur la tête et une autre sur la hanche, se regroupent autour des puits pour tirer de l’eau et bavarder. Difficile d’imaginer ce que pouvait être Mrauk U du temps où les rois régnaient sur Arakan, mais ces paysages hors du temps sont absolument exceptionnels.

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A la rencontre des grand-mères d’un village

Nous visitons également des villages « chins » , situés le long de la rivière Lemro, accessibles uniquement en bateau. A l’embarcadère, des hommes maigres, la peau brunie par le soleil, ramassent et transportent des tas de cailloux qui serviront probablement à la construction de routes. Pour cela, ils n’ont que leurs mains et des paniers. Cette région jadis si riche, est de nos jours l’une des régions les plus pauvres de la Birmanie.

Dans les villages chins nous sommes toujours très bien reçus. Pour remercier les habitants de leur accueil notre guide leur offre des choux-fleurs. Oui, des choux-fleurs ! Les villages, avec leurs maisons sur pilotis, sont semblables aux villages de la région de Luang Namtha  au Laos. Les habitants sont tout aussi accueillants et les enfants tout aussi adorables.

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Nous rencontrons quelques femmes qui durant leur adolescence se sont fait tatouer le visage d’un motif quadrillé. Cette ancienne pratique était préconisée par leur mari et leur famille pour les rendre moins attirantes et freiner les ardeurs des princes rakhines.

Les femmes Chin, malgré leur âge avancé, sont très élégantes et pour la plupart coquettes. Certaines se trouvent laides à cause de leur tatouage et n’osent pas se montrer tandis que d’autres, malgré la barrière de la langue, aiment échanger et plaisanter avec nous. Nous sommes surpris par leur vivacité et leur bonne forme.

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un pécheur content de nous montrer le masque et l’arbalète qu’il a lui même bricolé

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Les temples « stupafiants » de Bagan

Nous quittons le dix-septième siècle et le royaume d’Arakan pour nous rendre encore plus loin, au neuvième siècle, dans la plaine centrale de la Birmanie actuelle, où naissait alors le premier empire Birman : le royaume de Pagan. Sa capitale Bagan était une cité riche et dynamique, tournée sur le monde extérieur. Au onzième siècle, la ville devint un foyer très actif du bouddhisme. Pendant deux cents ans, les rois qui se succédèrent firent construire des milliers de temples, de stupas et de pagodes dans la vallée de Bagan. Les campagnes militaires menées en Chine par les Birmans les amenèrent à se confronter aux Mongols. Une succession d’échecs militaires aboutit à la prise de Bagan par les Mongols en 1287. Les rois birmans abandonnèrent alors la capitale, laissant derrière eux un joyau architectural exceptionnel. Les palais et les maisons autrefois construits en bois ont aujourd’hui disparu mais restent encore près d’un millier de temples dispersés dans la vallée de Bagan.

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Il est cinq heure du matin. Alors que la ville est encore endormi, nous enfourchons un scooter électrique, roulons jusqu’à la pagode Shwe San Daw et grimpons jusqu’au sommet. Emmitouflés dans nos vêtements chauds, nous attendons impatiemment que le spectacle commence. Tandis que le soleil se lève lentement, le ciel se teinte d’un dégradé de rose, jaune, bleu, découvrant les cimes d’un immense champ de temples et de stupas nappés de brume. Le temple Myauk Guni, caché dans le brouillard, s’apparente à un château lointain sortit tout droit d’un conte. Par dessus ce paysage féerique, s’élèvent des centaines de montgolfières. L’instant est magique, sublime, presque irréel.

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Nous descendons de la pagode et nous roulons à travers les champs, découvrant progressivement la multitude de stupas et de pagodes. L’architecture des temples, durant ces deux cents ans de ferveur religieuse, a connu différents courants. Alors que les premiers temples étaient d’influence sri-lankaises, d’autres se sont inspirés des temples hindous tandis que les plus récents ont su trouver un style typiquement birman. Dans certains temples, il encore possible d’admirer des peintures murales et des fresques colorées.

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Ce que nous aimons, c’est jouer les Indiana Jones : nous égarer dans les lieux les plus reculés, découvrir les escaliers raides dissimulés dans un pilier d’angle du temple et grimper à lueur d’une bougie en écartant les toiles d’araignées pour atteindre les terrasses. Nous ne trouvons aucun trésor, aucune relique, mais sommes toujours récompensés par une magnifique vue sur ces pagodes qui s’étendent jusqu’à l’horizon.

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C’était la première fois que :

  • nous pouvions entendre la chanson du Titanic cinq fois dans la même journée
  • nous commandions une purée et nous retrouvions avec un buri (galette indienne)
  • Sophie jouait du ukulélé sur un éléphant

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Quelques tuyaux pour les voyageurs

  • Depuis décembre 2014, le ville de Mrauk U est accessible par la route, il n’est plus obligatoire de passer par la ville de Sittwe
  • Bien que le site Mrauk U soit souvent qualifié de « petit Bagan », ces deux sites sont vraiment différents et valent tous les deux d’être visités
  • Le site de Bagan est très touristique mais tellement vaste qu’il est facile de s’éloigner des touristes et de s’y sentir seul
  • La visite des villages Chins n’est pas limitée au fait de « prendre des photos de femmes aux visages tatoués ». Cela vaut surtout l’intérêt pour la découverte du mode de vie de ces minorités reculées

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