Vipassana happy long time

Classé dans : Thaïlande | 3

Imaginez un lieu caché derrière les arbres d’une forêt épaisse, un lieu qui ne connaît ni la tristesse, ni l’agitation ni la méchanceté. Les êtres qui y vivent sont habillés de blancs et se promènent dans des jardins fleuris. Ils ne mangent jamais de viande, ils s’entraident et vivent en paix. Leur grand chef est un sage.

Non, ce n’est pas le village des Schtroumpfs dont je vous parle. C’est le monastère de la forêt de Tam Wua, au nord de la Thaïlande, près de la frontière birmane. Le lieu est dédié à l’étude de la méditation Vipassana dite « mindfullness » ou « pleine conscience ». Son objectif est d’atteindre le Nirvana et à plus court terme d’être heureux sur terre. « Vipassana : happy long time ! No vipassana : happy short time ! » comme dirait si bien l’abbé Ajahn Luangta.

Nous passons une dizaine de jours dans ce lieu magnifique et isolé, entouré de montagnes et de forêts. Nous nous y sentons comme au paradis, au milieu de parterres de fleurs, accompagnés par le bruissement des ruisseaux et le chant des oiseaux.

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Let it be

Alors que l’aube tarde à se lever, la cloche du monastère retentit. Il est 6h30 et c’est le début d’une nouvelle journée. Enveloppés dans nos couvertures, les paupières encore collées par le sommeil, nous traversons l’obscurité jusqu’au hall principal pour participer à la cérémonie d’offrandes aux moines. Ils sont au nombre de quatre. Parmi eux, le moine-enseignant et l’abbé, que nous baptiserons respectivement « Teacher monk » et « Happy monk ». Si le professeur fait toujours preuve d’un grand sérieux, l’abbé préfère passer son temps à rire et à faire des sermons sans queue ni tête dans un anglais approximatif.

Assis à même le sol, nous les attendons avec quelques cuillerées de riz, prêts à les verser dans les grands bols qu’ils nous tendent. Cette formalité réglée, l’abbé s’empare d’un micro, se retourne vers nous et tel un chauffeur de salle, lance un tonitruant « Good morning everybodyyyy ! ».  S’en suivent le petit-déjeuner à base de riz et de légumes, et la première séance de méditation de la journée, à 8h.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la méditation Vipassana ne consiste pas à  faire le vide dans son esprit, mais à être conscient de son corps, de son esprit et de ses pensées. Le premier stade de l’apprentissage nous incite à nous concentrer sur notre souffle avec l’aide du mantra Budh-Dho : Buuuudh est prononcé lors de l’inspiration et Dhoooo lors de l’expiration.

Assis en tailleur, nous nous efforçons de nous focaliser sur notre respiration, surveillant d’un œil nos voisins. Nous sommes rassurés de voir que nous ne sommes pas les seuls novices à avoir des difficultés à rester dans cette position plus de dix minutes.

Nous expérimentons également la walking meditation qui, comme son nom l’indique, est une méditation qui se pratique en marchant. Tous vêtus de blanc, nous cheminons en file indienne d’un pas lent et en silence, suivant notre enseignant à travers la forêt. Un œil extérieur croirait sans doute à l’évasion des pensionnaires d’un asile.

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A l’heure du déjeuner, nous commençons d’abord par une offrande de nourriture aux moines. Happy monk en profite pour reprendre le micro et partager avec nous des anecdotes et des conseils. Il nous rappelle par exemple les bienfaits de la cuisine végétarienne :

  • « Woman come : fat. Woman stay one month, two month : thin. Woman happy ! Hoooouuu ! Because fat woman, not beautiful ! »

Il nous explique également que malgré nos différentes origines, nous ne sommes pas si différents, même si :

  • « Foreigner people big nose, can not drink tea ! »

Les bavardages inutiles étant déconseillés, nous déjeunons dans le silence, osant à peine échanger quelques mots. Certains méditants font carrément vœu de silence et portent un badge « Silent and happy ». Durant la journée, tous nos gestes sont lents, nos esprits sont calmes et nous sourions béatement comme chooté à la morphine. Tous nos problèmes et nos préoccupations journalières sont restés à la porte du monastère. Sophie a l’impression d’avoir le cerveau amolli.

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Where is my mind ?

Nous retrouvons Teacher monk en début d’après-midi pour une nouvelle séance de méditation. La méditation couché devient difficile alors que nos estomacs remplis sont en phase de digestion : comment ne pas succomber à la tentation de nous assoupir pendant qu’autour de nous, de doux ronflements se font entendre ?

Après le réconfort, l’effort. C’est maintenant l’heure la plus active de la journée : les corvées. Elles consistent à balayer les jardins, découper des légumes pour les poissons de l’étang (ils sont végétariens) ou nettoyer les parties communes, etc. Ces tâches doivent être exécutées en étant « mindfulness », ce qui exclut l’écoute de la musique, le bavardage, les blagounettes, etc.

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Sophie a de plus en plus de mal avec ces règles strictes. Les moments de silence lui sont très pesants. Elle désespère de ne plus entendre le rire des enfants qui avait jusque là accompagné chacun de nos pas à travers l’Asie.

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Where is my nose ?

A l’heure où la nuit commence à recouvrir la forêt, nous nous réunissons
non pas pour dîner (interdiction de manger après midi) mais pour une séance de « Chanting ». C’est un exercice étrange, entre le chant et la récitation de mantras. Il consiste à « chanter » les enseignements essentiels du Bouddha, d’abord en Pali (une ancienne langue indienne) et en Thaïlandais que nous lisons en phonétique, puis en Anglais. Les chants sont parfois surprenants. Par exemple, l’un d’eux consiste à réciter toutes les parties du corps. En français cela donnerait : « je suis conscient d’être constitué de muscles, d’os, de gras, de mucus, […], d’aliments non digérés, d’excréments… ».

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La dernière séance de méditation est réalisée dans le noir complet. Pour clore la journée, Happy Monk nous souhaite bonne nuit et nous rappelle que nous sommes dans un monastère :

  • « Here, no hotel, boy friend, girl friend, no massage ! Houuuu ! « 

Il nous donne rendez-vous le lendemain matin :

  • « Tomorrow 6:30 AM, not PM. Come dining room, big party ! Hooooouuuu ! »

C’est sur ces sages paroles que nous regagnons nos lits sans matelas (trop de confort pourrait nuire à notre détachement). Nous nous séparons sur un petit clin d’œil, les bisous étant formellement interdits.

It’s like Photoshop

Nous avons été des élèves motivés, mais malheureusement peu doués. Nous n’avons jamais vraiment approché l’état méditatif tant souhaité. C’est regrettable car les conditions paraissaient vraiment idéales pour faire des progrès rapides dans l’apprentissage de la méditation : un cadre reposant, des professeurs pédagogues, des cours progressifs, des camarades sympathiques et de bon conseil, etc.

La discipline stricte du monastère a énervé Sophie, l’empêchant de libérer son esprit. De son côté, Romain a été déçu du peu de progrès qu’il faisait ce qui l’a irrité à son tour. Il n’a jamais réussi à se débarrasser de son « Esprit-singe » (Monkey Mind en anglais), terme utilisé par les moines pour décrire un esprit qui s’égare sans cesse.

Si l’expérience ne fut pas concluante pour nous, elle nous a permis de faire une pause dans notre tour du monde, de faire de belles rencontres, d’approcher le bouddhisme et de découvrir une nouvelle façon de penser. Loin de l’image de camp de vacances pour Occidentaux, la Thaïlande arrive encore à surprendre. Cela grâce à un petit moine calme et souriant qui vous parle avec ses trois mots d’anglais de la joie qu’il a de voir fleurir son jardin.

tam wua abbe

C’était la première fois que :

  • nous méditions
  • nous « chantions » du « chanting »
  • nous tenions en position du lotus pendant plus de 10 minutes
  • nous dormions pendant un cours

Tous les titres de chapitre de cet article sont issus directement des discours du « Teacher Monk ».

3 Responses

  1. J’ai moi aussi séjourné dans ce très joli monastère, il y a quelques mois, une sympathique étape de mon tour du monde… Voir mon récit sur mon blog…

    • Salut Fred !
      Justement c’est après avoir lu ton article de blog que nous avions été tenté d’aller dans ce monastère en particulier.
      Bon voyage

  2. […] suivit les enseignements de nos professeurs dans le but d’atteindre la pleine conscience (cf. notre précédent article). L’expérience fut intéressante mais après avoir suivis à la lettre les règles strictes […]

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